D’un parcours nomade entre l’Europe et l’Amérique latine à la stratégie de marque, Olivier Moss trace une trajectoire libre et atypique. Ancien copywriter chez Rakuten, entrepreneur et cofondateur d’Infused Studio, il explore le branding comme un terrain d’expression créative, lucide et profondément humain.
Racontez-nous votre parcours…
Sinueux.
Je suis né à Londres, puis à 8 ans, avec mes parents, nous avons déménagé à Ajaccio. Après le bac, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire professionnellement. J’ai choisi de ne pas poursuivre d’études supérieures « par défaut », simplement pour ne pas faire semblant de suivre un chemin qui n’était pas le mien.
À 19 ans, je suis parti au Mexique avec une guitare sous le bras et une grande soif de liberté. Trois ans plus tard, après un détour par Buenos Aires, je suis revenu en Europe, à Paris. En 2008, j’ai intégré Rakuten (alors PriceMinister, un leader français du e-commerce), au service client. Rapidement, je me suis fixé l’objectif de rejoindre l’équipe marketing. Je m’étais dit qu’un jour, ce serait moi qui écrirais les publicités de la marque dans le métro. Sept ans et un passage par l’équipe SEO plus tard, je suis devenu le copywriter de Rakuten France.
Mais j’avais envie de plus : créer mes propres règles et dépasser la logique de vendre des produits de consommation avec de jolies tournures. J’ai quitté Rakuten et suis reparti en Amérique latine pour un voyage d’un an. C’est à Valparaíso, au Chili, que j’ai eu une révélation : « Il faut remplacer la pub par l’art ».
De retour en France, je me suis installé à Bordeaux où j’ai fondé Oboem, une plateforme de financement participatif pour transformer les espaces publicitaires en musée à ciel ouvert. Le modèle a fonctionné un temps, et la joie de voir une idée un peu folle devenir réalité était immense. Mais le business model était fragile et, avec l’arrivée d’un enfant dans ma vie, j’ai dû y mettre fin.
J’ai ensuite lancé Pigments, un service de location de collections d’œuvres d’art pour les espaces de travail. Mauvais timing : le lancement a coïncidé avec le Covid. Décorer des bureaux vides n’avait pas beaucoup de sens… Game over!
Après un passage dans une startup de location de bateaux, j’ai voulu relancer une aventure entrepreneuriale. J’ai proposé à un pote directeur artistique talentueux, Romain Montagut, de créer une agence de design de marque avec moi. Lui s’occupe de la D.A, moi de la stratégie de marque. C’est la naissance d’Infused Studio. Deux ans plus tard, nous sommes épanouis, rentables, et nous avons trouvé le bon équilibre entre créativité et business.
Qu’est-ce qui vous passionne dans la communication ?
Pas grand-chose, à vrai dire. Ce qui me passionne, c’est plutôt la psychologie humaine et la partie créative : trouver une formulation accrocheuse, une solution esthétique à un problème business, ou encore des associations d’idées inattendues.
La communication corporate en elle-même ne me fait pas rêver. Je trouve que 90 % des pubs/comm n’ajoutent rien de beau au monde. Mais parfois, de petites pépites émergent et démontrent la force de la créativité humaine.
Beaucoup de créatifs se retrouvent dans la publicité ou le branding, parce que vivre de récitation et de poésie dans les bars ou vendre ses dessins dans la rue n’est pas vraiment viable. Le système capitaliste n’est pas vertueux par essence, mais c’est celui dans lequel on vit. Pour ma part, j’ai trouvé avec le branding un espace où exprimer ma créativité tout en gagnant ma vie.
Quel serait l’événement / l’élément marquant dans votre carrière de communicant ?
Quand j’ai communiqué avec l’esprit de la forêt en Amazonie, après avoir bu le breuvage du Shaman.
Comment envisagez-vous l’avenir des métiers de la communication / de votre métier ?
Je n’ai pas de boule de cristal, mais je pense qu’il faudra être excellent pour survivre à l’IA. Cultiver des points de vue multiples, développer l’empathie et chercher à communiquer depuis un endroit plus sincère seront essentiels.