BASILICA : QUAND LE PATRIMOINE INTERROGE NOS FAÇONS DE COMMUNIQUER

Publié le par chez APACOM. Modifié le

Basilica : quand le patrimoine interroge nos façons de communiquer

Et si les pierres pouvaient parler ?
Et si, pour les communicants, le véritable défi était justement de réussir à les faire entendre ?

Le 10 septembre dernier, la commission Com & Culture de l’APACOM proposait aux adhérents une rencontre au cœur de la Basilique Saint-Seurin de Bordeaux, autour de Basilica, une nouvelle expérience immersive qui invite à parcourir près de 2 000 ans d’histoire.

Une rencontre pensée à la fois comme une découverte du dispositif et comme un temps d’échange autour d’une question qui traverse aujourd’hui de nombreux projets culturels : comment communiquer une expérience qui, par définition, doit d’abord être vécue ?

La Basilique Saint-Seurin accueille le projet immersif BASILICA à Bordeaux. Crédit photo : APACOM

Une expérience à vivre, pas seulement à visiter

Porté par l’association des Amis de la Basilique Saint-Seurin, le projet Basilica propose un voyage sonore immersif d’environ 40 minutes.

Casque audio sur les oreilles, le visiteur parcourt la basilique en huit étapes. Son spatialisé (conçu par l’agence narrative) et mise en lumière (réalisée par l’agence Stéphanie Daniel) se répondent tandis que les voix de Saint-Seurin, Charlemagne et d’autres figures liées à l’histoire du site accompagnent progressivement la découverte du monument.

À ce voyage sonore s’ajoute un espace d’exploration (mobiliers conçus par l’écosphère Aggelos) composé notamment d’une frise chronologique, de films et de ressources documentaires permettant d’approfondir la visite.

Le parti pris est clair : ne pas ajouter une scénographie spectaculaire au monument, mais s’appuyer sur le lieu lui-même pour construire l’expérience.

Le son devient ainsi un outil de narration et de médiation. Il circule dans l’espace, accompagne le regard et donne symboliquement la parole aux pierres.

La Basilique Saint-Seurin accueille le projet immersif BASILICA à Bordeaux. Crédit photo : APACOM

Communiquer l’immatériel : un défi pour les communicants

C’est précisément ce parti pris qui a nourri la rencontre Com & Culture.

Comment « donner à voir » une expérience essentiellement sonore ? Comment traduire en images, en mots ou en campagne ce que le visiteur ne comprendra pleinement qu’une fois son casque sur les oreilles ?

Le cas Basilica rappelle une problématique bien connue de la communication culturelle : nous ne communiquons pas seulement sur un objet ou un produit, mais sur une promesse d’expérience.

Il faut donc raconter suffisamment pour susciter la curiosité, sans dévoiler ce qui fait la force de la découverte.

Cela implique aussi de trouver un territoire visuel capable de rendre perceptibles le son, la lumière, l’architecture et les sensations, alors même que le dispositif se veut volontairement discret dans l’espace patrimonial.

 

Faire dialoguer patrimoine, création et publics

La rencontre a également permis d’aborder une autre dimension essentielle : celle des publics.

Une proposition culturelle comme Basilica se situe à la croisée de plusieurs univers. Elle relève du patrimoine et de la médiation culturelle, mais rencontre également les enjeux du tourisme, de l’attractivité territoriale et de l’expérience immersive.

Dès lors, comment construire un discours capable de s’adresser à des visiteurs aux attentes différentes ?

Habitants, touristes, familles, groupes, scolaires ou entreprises ne viennent pas nécessairement chercher la même chose dans un monument historique.

Pour la communication, l’enjeu consiste alors moins à multiplier les messages qu’à identifier ce qui peut les réunir : ici, la possibilité de vivre autrement un patrimoine que l’on croit parfois déjà connaître.

La Basilique Saint-Seurin accueille le projet immersif BASILICA à Bordeaux. Crédit photo : APACOM

 

Quand l’innovation sait se faire discrète

Basilica repose notamment sur un dispositif sonore spatialisé en 3D. Bruissements, pas, murmures et voix semblent surgir de différents endroits de la basilique.

Mais l’innovation technologique n’est pas présentée comme une fin en soi.

Elle est mise au service d’un récit, d’un lieu et d’une expérience. C’est sans doute l’un des enseignements intéressants pour les communicants : l’innovation ne se raconte pas nécessairement par la technologie qui la rend possible, mais par ce qu’elle permet de ressentir, de comprendre ou de partager.

Dans un secteur culturel où les expériences immersives se multiplient, cette question du positionnement devient essentielle : comment se distinguer sans sur-promettre ? Comment valoriser l’innovation tout en respectant l’identité et l’histoire du lieu ?

La Basilique Saint-Seurin accueille le projet immersif BASILICA à Bordeaux. Crédit photo : APACOM

 

Communiquer, c’est aussi contribuer à faire vivre le projet

Enfin, les échanges autour de Basilica ont permis de replacer la communication dans un écosystème plus large.

Faire connaître une proposition culturelle, c’est bien sûr travailler sa visibilité et son attractivité. Mais c’est également réfléchir à son inscription dans un territoire, au développement de ses publics, aux partenariats, aux relais touristiques ou culturels et, plus largement, aux conditions qui permettront au projet de trouver durablement sa place.

La communication intervient donc bien au-delà de la seule promotion : elle participe à la mise en relation du projet avec son environnement.

Cette rencontre Com & Culture aura ainsi permis de partir d’une expérience très concrète pour retrouver plusieurs questions au cœur de nos métiers : raconter l’immatériel, donner envie sans tout montrer, identifier ses publics, construire un positionnement et faire dialoguer création, patrimoine et territoire.

Une autre manière, finalement, de rappeler que communiquer la culture ne consiste pas seulement à faire venir vers une proposition : il s’agit aussi de créer les conditions de la rencontre.

 

Hugo Dartois
avec la complicité de Nicolas Chabrier

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