Comment garder la maîtrise de son message face à un micro tendu et des questions incisives ? Le lundi 11 mai 2026, l’APACOM a réuni 25 professionnel·le·s de la communication au sein du site d’Héméra Fenwick pour un atelier de deux heures consacré à un exercice aussi stratégique qu’exigeant : l’interview sous pression. Animée par Steven Poitevin, cette rencontre a permis d’explorer les mécanismes de l’échange journalistique, d’identifier les pièges les plus fréquents et de mieux comprendre comment reprendre le contrôle du récit, même dans les situations les plus sensibles.

Le mythe de l’improvisation
L’un des premiers constats partagés avec les participants est que la maîtrise apparente naît d’une préparation chirurgicale. Nous avons déconstruit ensemble les idées reçues qui fragilisent les porte-paroles : non, il ne faut pas répondre à tout, et non, le « No Comment » ne protège en rien. En réalité, l’interview est un rapport de force où l’absence de préparation se traduit immédiatement par une perte de crédibilité.
Analyse comportementale : quand la forme devient le fond
Nous avons analysé comment la posture et le langage non-verbal peuvent contredire un message, même parfaitement rédigé.
Le piège du lissage : À travers l’étude de cas d’une enquête de Cash Investigation, nous avons vu qu’un ton trop détaché ou des mots trop lissés face à une crise humaine peuvent être perçus comme une marque de mépris.
La force de la comparaison : À l’inverse, l’analyse d’une intervention sur BFM TV a montré comment une posture solennelle et l’usage de comparaisons factuelles permettent de démystifier un sujet complexe et de rassurer l’opinion.
Les fondamentaux : posture, langage et écoute
Au-delà du message lui-même, la forme est déterminante pour la crédibilité d’un porte-parole. Ensemble, nous avons exploré les trois piliers de la prise de parole :
La posture : L’importance de la gestuelle, du regard et même du choix vestimentaire pour éviter les effets visuels parasites (comme l’effet de moirage).
Le langage : Choisir le bon ton selon l’interlocuteur, privilégier la vérité et savoir nuancer l’intensité de ses mots (préférer « une situation inédite » à « un désastre »).
L’écoute : Savoir reprendre le début d’une question pour construire sa réponse sans tomber dans le piège du monologue.
Le Bridging : plus qu’une technique, une stratégie de hiérarchisation
Le cœur de notre échange a porté sur le Bridging. Ce n’est pas un outil pour fuir les questions, mais une méthode pour hiérarchiser l’information. Dans un contexte médiatique où le journaliste impose son cadre, le bridging permet au communicant de ne pas se laisser enfermer et de rediriger l’attention vers l’essentiel : l’expertise et la valeur ajoutée.
Une simulation « crash-test » réussie
Après avoir décrypté des cas réels : opposant une posture fuyante dans Cash Investigation à la maîtrise solennelle d’une interview sur BFM TV, nous sommes passés à la pratique.
Deux participants se sont portés volontaires pour une simulation d’interview « 1 to 1 » particulièrement complexe : gérer une crise de harcèlement au sein d’une entreprise de jeux vidéo face à un journaliste du journal Le Monde. Malgré la pression du sujet, ils se sont très bien débrouillés, parvenant à appliquer les bases de la prise de parole et à déjouer les questions pièges sous l’analyse comportementale du groupe.
Ce qu’il faut retenir pour faire entendre ce qui compte
La communication de crise nous apprend que « faire entendre ce qui compte » nécessite de bannir les monologues et les avis personnels pour se concentrer sur l’humain et la préparation.
Un grand merci aux 25 participants pour leur énergie et leur confiance lors de cet atelier et rendez-vous le 20/05 pour le prochain atelier consacré à l’outil Notion !
Un article rédigé par Steven Poitevin, bénévole actif auprès de l’Apacom
Merci à Héméra pour leur accueil.